LIEU : Grande Salle
De Gertrude Stein / Par Emma Morin
Listen to Me parle des gens, des choses, des actions, en dérangeant les habitudes de lecture et d’écoute. Il s’agit d’une pièce en train de s’écrire. Comment rendre et transcrire une action ou une pensée « en train » de se faire ? C’est ce que l’écriture de Gertrude Stein interprétée par une comédienne passionnée réussissent à nous faire vivre. C’est aussi une histoire amoureuse entre William et sa Lillian, un regard sur l’absence, le manque, l’attente et la disharmonie que cela crée. Un spectacle époustouflant !
Une rencontre avec Emma Morin est prévue en bord de scène après la représentation. Des ouvrages vous seront proposés par la librairie Le Texte Libre.
Listen to Me, Une pièce avant les actes est un texte écrit en anglais et traduit en français par l’auteur. Cette traduction est publié dans la revue Luna-Park # 2 / nouvelle série / Hiver 2004-2005 Transédition dirigée par Marc Dachy. Écrite en 1936, cette pièce s’inscrit dans la continuité du mouvement Dada, lequel mettait en cause la représentation, le monde moderne et le sens de l’oeuvre, et prônait la matérialité même de la langue : le mot existe dans sa présente réalité. Gertrude Stein avait le projet de créer le spectacle avec Francis Picabia, ce qui ne put se faire compte tenu de la situation économique et politique de la France à la veille de la seconde guerre mondiale.
Ce spectacle est la première création du texte français de Gertrude Stein .
Listen to Me décrit des gens, des choses, des actions, en dérangeant les habitudes de lecture, d’écoute,
comme pour pallier l’impuissance de la description à dire ce que nous percevons. Le texte est une traversée acoustique et sensuelle, où tout mot est son.
Listen to Me c’est aussi une histoire amoureuse. Quelqu’un cherche l’autre. Doux William, cher doux William qui cherche sa Lillian. C’est l’épreuve de l’amour : un regard sur l’absence, le manque, l’attente, et la disharmonie que cela crée. En recherchant sa Lillian, sa permanence, Doux William compte, explore le rapport à l’existence à travers les mathématiques, l’épreuve du quantifiable et de l’immatérialité. Des caractères (characters) se multiplient, se comptent, formant un jeu où les nombres avalent la narration, un jeu où les chiffres expriment la cosmogonie du monde ?
Un poème sur le temps, sur l’Un et le Tout, mettant en jeu réalité, existence et rencontre.
«La terre est couverte de gens et comme les gens couvrent la terre et partout toute la terre est toute couverte de gens. Et personne ne peut croire à ce qu’il entend. Il n’entend pas que toute la terre est couverte de gens mais elle l’est. Le premier caractère : Je voudrais bien que doux William et sa Lillian sachent compter.»
Partenariat avec les Littératures Européennes
- Table ronde avec Emma Morin : samedi 19 novembre après-midi pendant les Littératures Eropéennes.
- Atelier « Lire un texte à haute voix » : mercredi 11 janvier à 14h30 au théâtre.
Plus d’informations sur www.litteratures-europeennes.com
Gertrude Stein (1874-1946) : auteure et précurseure de la littérature américaine contemporaine. Au centre de la vie parisienne des artistes d’avant-garde du début du XXe siècle, elle contribua notamment à la découverte de Cézanne, Matisse ou Picasso. Animée par Emma Morin. Au théâtre, entrée gratuite.
Née en Pennsylvanie en 1874, elle passe la plus grande partie de son enfance en Californie, étudie la psychologie et la médecine jusqu’en 1901 . Elle rejoint son frère Théo à Paris en 1903 et choisit de vivre définitivement en France. Leur appartement devient rapidement un centre de la vie parisienne : de 1919 à
1929 il attire les cubistes, les artistes d’avant-garde les plus influents de leur temps et nombre d’écrivains
(Matisse, Gris, Picasso qui fera son portrait, Piccabia ou Cocteau). Collectionneuse d’art avertie, personnalité excentrique, elle est aussi l’inspiratrice de la nouvelle littérature américaine de l’entre-deux
guerre. Elle influence Fitzgerald ou hemingway qu’elle définit dans une formule devenue célèbre comme «la génération perdue». Dans ses textes elle privilégie l’emploi du présent et les structures répétitives. Elle se fera connaître du grand public avec L’autobiographie d’Alice B. Toklas, ouvrage consacré à Alice B. Toklas , sa secrétaire confidente et compagne pendant plus de trente ans. Nourrie de ces influences diverses, son oeuvre écrite se présente comme un itinéraire à travers tous les genres littéraires ressaisissant un chaos de langage à partir duquel elle forge des matériaux poétiques, romanesques, dramatiques ou encore lyriques. Elle est morte à Paris en 1946.
Formée au violon, à la danse (classique, tango, buto) elle travaille au théâtre avec Madeleine Marion, Dominique Frot ou encore Christian Rist, dont elle est aussi l’assistante pour créer le Studio Prosodique. Invitée en résidence dans le cadre des rencontres pluridisciplinaires du Domaine de Kerguéhénnec, elle propose des lectures in situ et participe à différentes réalisations - pièces sonores, diaporama, expositions.
Elle s’intéresse à la question de l’oralité, aux écritures non théâtrales comme celles de Louis René Des Forêts, Daniil Harms ou Alberto Giacometti… Pour France Culture, elle enregistre trois ateliers de création radiophonique consacrés à Tarkovski, Le Corbusier et Dante. En 2005, elle crée avec le danseur Sylvain Prunenec et Christian Rist, Rimbaud Illuminations, Fragments improvisés, à la scène nationale de Bourges, puis Diptyques I en 2006 avec le collectif KO.Com, à La Tannerie, à Barjols, et au Festival des Arts à Malte en 2007. Avec Philippe Grandrieux elle tourne Grenoble, installation visuelle et sonore. Elle poursuit par ailleurs sa collaboration avec le compositeur Michaël Nyvang et enregistre pour Sébastien Roux Revers Ouest, crée au Lieu Unique à Nantes.
En 2007, elle répond à l’invitation de Françoise Lebeau et propose Allers Retours, exposition de photographies à Lelabo/Paris, et retrouve la chorégraphe Manon Avram pour 8 minutes de pose, à Marseille et à Charleroi Danses 2008. Dernièrement elle rejoint le collectif Les Possédés dirigée par Rodolphe Dana, pour la tournée du Pays lointain de Jean-Luc Lagarce et se joint au travail de lectures de Thierry Escarmant à Pau.
Elle crée à La Fonderie/Le Mans, Listen to Me, pièce avant les actes de Gertrude Stein, 1936 dans une traduction en français de l’auteur, en collaboration avec Laurent Bénard, éclairagiste. Listen to Me est présentée au théâtre de La Bastille/Paris, Hors-Série février 2009 ; au Théâtre Saragosse/Pau, Théâtre Garonne/Toulouse et au Théâtre de Nîmes en 2010.
Conception et jeu : Emma Morin. Lumière : Laurent Bénard. Assistant : Marc Pérennès. Film La Casa Ideale, 1996 : Erwan Mahéo. Vidéo, 2008 : Carole Cheysson.
© Carole Cheysson.