Saison 2019-2020

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Vivants

Les animaux ne font rien d’inutile. Des abeilles ont installé un camp de base sur le toit du théâtre, endroit stratégique situé entre deux zones mellifères préservées. On dit que l’art et la culture ne sont pas séparés de la vie. Observer le ballet laborieux des abeilles ou la pousse des plantes dans le jardin du théâtre, rend palpable cet « on dit ».

Un jour, j’accompagne un proche à une consultation médicale suite à un sérieux problème de santé. « Pourquoi moi ? », demande la personne au médecin, qui lui répond, « Parce que Vous. Et Vous est différent de moi. La diversité garantit le maintien des espèces. » Depuis ce moment, je me demande comment considérer la diversité. Il y a bien la pensée archipélique d’Édouard Glissant où le monde se regarde, non pas comme un corps total et unique, mais comme un archipel de systèmes reliés : système de paysages, de langues, de cultures, etc. Une pensée en mouvement, poreuse et en rhizome, comme l’organisation des abeilles.

« J’aime, je n’aime pas : cela n’a aucune importance pour personne ; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant, cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre… », écrit Roland Barthes en 1975, après avoir listé ses goûts et ses dégoûts du moment. Des artistes, présents cette saison, ont accepté de jouer le jeu des listes « j’aime – je n’aime pas », car ici commence l’altérité par la vérité du corps, « qui oblige l’autre, poursuit Barthes, à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu’il ne partage pas. »

« Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux », encourage Samuel Beckett. Le numérique aurait tendance à façonner un monde sans tâtonnements, sans trous, sans imperfections et généraliser « la glisse » comme nouvel habitus mental, quand le monde physique reste source d’incertitude et d’imprévisible. N’en est-il pas plus fécond ? Pour ceux qui cherchent, qui essaient, qui créent, qui ont besoin de temps et d’espace pour douter, nous inventons, au théâtre, l’Observatoire du doute.

Spectacles en tous genres, biotope, fablab, création artistique, apiculture, éducation artistique et culturelle, partenaires porteurs de causes ; ils et elles garantissent le continuum de la vie au théâtre l’Avant-Scène, porté par une politique publique qui ne fait pas dans l’utilité mais se pose comme utilement nécessaire à un usage commun du monde.

Stéphane Jouan, avril 2019