1080 – art de la fugue mercredi 14 mars - 20h30 [Gallia Théâtre - Saintes]

En préambule au festival MARS PLANÈTE DANSE, une grande pièce sera jouée le mercredi 14 mars : si grande que nos murs n’y suffisent pas ! À voir donc chez nos amis au Gallia Théâtre.

Note d’intention de Mié Coquempot

1080 – Art de la Fugue sera mon premier traitement chorégraphique d’une oeuvre musicale de répertoire dit « classique ». Dans le Bach-Werke-Verzeichnis, catalogue des
oeuvres de Jean-Sébastien Bach, elle est classée BWV 1080.
Pour Bach, l’Art de la Fugue n’a certainement pour ambition que l’art.
Ni religieuse, ni liturgique, ni écrite pour la cour ou la danse, ni même commandée, Bach dans cette oeuvre entreprend d’aller au bout de sa pensée compositionnelle et de son art contrapunctique pour lui-même, et au-dessus de lui, pour LA musique. OEuvre testamentaire ou traité de composition, ce monument expose la force de projection et d’anticipation du compositeur, la conduite d’une pensée organisée rigoureusement développée, la quête d’une parfaite harmonie, et par extension, le reflet d’un ordre du monde.
MAIS, l’oeuvre est inachevée. Alors qu’il semble que rien n’échappe au compositeur dans l’implacable logique et l’exhaustif traitement du sujet de sa composition, la dernière fugue (contrapunctus 14 – La Fuga a 3 Sogetti) s’arrête brutalement sur la note Ré. Ce Ré tonique qui a ouvert l’oeuvre, celui de sa tonalité (ré mineur).
Ce Ré-là, attend toujours sa résolution… Est-ce une impasse ? Une ouverture ?
Cette fuite (fuga) par le vide serait-elle une invitation à créer une suite, une nouvelle harmonie ? À compléter l’oeuvre avec la vie ? Ou …Est-ce un abandon ? Est-ce un refus de « clore » l’oeuvre parce que sa (la) pensée s’achèverait avec le livre ?
Ce pic musical dramatique et même son annonce, tant tout ce qui précède l’amène, je l’entends comme une utopie révélée.
J’y entrevois une invitation à créer par la chorégraphie de toute l’oeuvre, un face à face entre structure musicale et pensée sociale.
Alors, avec les dix femmes et hommes qui l’incarneront, je fouillerai la relation à la composition, à l’ordre, aux lois et à l’histoire, j’éprouverai l’essoufflement de la structure,
le conflit entre la raison et l’inspiration et jouirai des joies de l’altérité.

Procéder

En octobre 2015, à l’Avant-Scène – Cognac, commençaient les premières recherches pour la création.
En octobre 2016, commençaient les premières répétitions au CDC Atelier de Paris, avec les dix interprètes. Au gré des recherches et des expériences menées dans le cadre d’échanges et de
partage d’exploration avec des étudiants et des professionnels et avec la maturation heureuse qu’apporte le temps, 1080 – art de la fugue se dessine aujourd’hui comme un holisme poétique de
l’oeuvre fondamentale de Bach.
La puissance d’évocation du « traité» de Bach a offert non seulement de mettre en travail un traitement « musicologue », c’est-à-dire dans un face à face structurel musique et danse, mais a incité
à prendre une direction dramatique tant l’époque pendant laquelle elle a été créée posait des pierres fondamentales sur les questions de l’individu, de la société, de la liberté, du travail, des droits … qui font encore écho aujourd’hui.
Nourris de lectures et visionnages pour comprendre la personnalité de Bach, son monde (philosophie, histoire, linguistique, culture, religions), son ambition, la création s’est naturellement tournée vers la parole, devenue un élément constituant pour « poursuivre » (fugare en latin) le fil de la pensée et des visions qu’inspirent la préhension des 20 parties musicales choisies pour ce spectacle – 16 contrepoints à quatre voix (noté jusqu’à 14, puisque 12 et 13 sont en rectus et inversus) et 4 canon à deux voix.
Cette oralité s’ajoute comme une nouvelle tension dans l’écriture de la chorégraphe, lui permettant de cultiver les mots, leur donnant la même potentialité qu’une note ou un mouvement. Ici, elle s’articule pour raconter quelque chose de l’altérité de soi avec l’autre, là, de l’individu et de la cité; et là encore, il encourage, met en valeur, souligne, ironise… Tout comme la danse, elle vient éclairer quelque chose de celle ou celui qui le porte, le dit. Elle vient jouer avec l’adresse, redessinant les espaces entre la scène et la salle.

Production K622 / Coproductions le manège, scène nationale – reims _ CNDC d’Angers _ CDC Atelier de Paris. Avec les soutiens de la Scène Nationale d’Orléans _ de l’Avant-Scène Cognac _ du Studio-Théâtre de Vitry _ de la Ménagerie de Verre – studiolab _ de la Briqueterie CDC Val-de-Marne_ du CND Pantin. Avec l’aide de la DRAC-IDF, Ministère de la Culture et de la Communication. Aide : ONDA
K622 – Mié Coquempot est associée au Manège, scène nationale – Reims.


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