Fin de partie  | Théâtre CIE LE SABLIER Mardi 24 novembre 2015

On rit à se tordre des malheurs et de la misère des sentiments dans lesquelles on se démène. Avec férocité, Beckett dépeint les détresses du quotidien telles que le vieillissement, l’incompréhension et la dépendance.

Se jouant des lois sociales, quatre personnages solitaires nous offrent une pièce comique pour une fin de partie annoncée.

Mise en scène : Pascal Dubois. Décor : Pascal Dubois et Thomas Elsendoorn. Interprétation : Daniel Crumb, Pascal Dubois, Camille Latteux, Anais Renaudie.
Coproduction : Compagnie Le Sablier ; Maison du Comédien Maria Casarès. Soutiens : Région Poitou-Charentes ; CG Charente.

Notes de mise en scène

Fin de partie met en scène quatre personnages, chacun d’eux comptant un handicap physique différent. Tous vivent dans une maison au beau milieu d’un monde désert, sans lumière et sans humain.
Rien ne « se produit » au cours de la pièce, la fin est annoncée dès les premiers mots. Le discours est sans ordre logique apparent, répétitif et percé de silences ; la plupart des répliques peuvent sembler sans intérêt pour comprendre l’évolution de la pièce. Les paroles des personnages font largement référence à un passé révolu ou à l’imaginaire, comme pour compenser la
vacuité du présent et l’impuissance à agir plutôt que d’y remédier.
Hamm, notamment, se plait à raconter et à imposer aux autres, son «roman» qui ne semble n’être que le récit de sa vie et expose le seul événement marquant, l’arrivée d’un enfant (sans
doute Clov). 

Ce n’est pas le langage brillant et clair dont usent de nombreux personnages de théâtre traditionnel qui est mis en scène ici. Beckett reprend, en les accentuant, les défauts
de la communication de tous les jours, comme il reprend les détresses communes : vieillissement, dépérissement du corps, incompréhension mutuelle, dépendance mêlée de rancœurs
vis-à-vis d’autrui… La mort sociale est pire que la mort physique.
Hamm. – Rien de bouge !
Tout est… Tout est quoi déjà ?
Clov. – Ce que tout est en un mot ? C’est ça que
tu veux savoir ? (un temps) Mortibus !
Fin de partie, de Samuel Beckett, une pièce en un acte. Le dernier acte ? Le même acte, éternellement ? Le recommencement sempiternel de la même tragédie ?
« Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir… »
« Dans le refuge aussi. »
« Toujours les même questions. »
« Ah ! Les vielles questions, les veilles réponses, y’a que ça ! »

Oui, nous tournons en rond dans nos certitudes, aveuglés par la peur de mourir peut-être ; à moins que ce ne soit de vivre des jours nouveaux. Ce ne sera pas en se répétant inlassablement «
ça avance ! » que le changement se mettra en marche. Comme s’il pouvait s’imposer de lui-même.
Hamm demeure à jamais dans son fauteuil à roulettes ; Clov ne peut plus s’assoir et dessine l’espace réduit de ce huis-clos ; Nagg et Nell, les « géniteurs » de Hamm (qui semble être le maître des lieux) reclus dans des poubelles, sont culs-de-jattes… décidément rien ne va pour les corps vieillissants.
Tandis que Clov représente l’animalité, l’horizontalité, l’être de la terre, Hamm n’a de cesse que de chercher à s’élever, en quête de spiritualité, ou bien dans la confirmation qu’il est le Créateur, et représente la verticalité.
Après En attendant Godot, voici Fin de partie, l’acte deux de la trilogie que nous souhaitons présenter au public. Pourquoi vouloir enfoncer encore le même clou dans le même trou de l’absurdité de la vie ? Je ne sais. C’est comme ça. Il faut que je me présente au public dans ce costume de théâtre. Dire les mots de Beckett, c’est comme dire toutes les répliques tragiques du théâtre, enfin, celles qui m’ont toujours hanté, d’Oedipe à Hamlet.
Pascal Dubois

« A l’issue des tragédies le pire est toujours sûr, mais avec Beckett il devient le principe régulateur de la scène. Loin de l’absurde désespérant dans lequel on l’a enfermé, son théâtre organise avec une exactitude mathématique la dégradation des identités humaines et langagières. Le pire dégage une présence minimum et active, celle de la voix et de la lumière, du regard et du tracé. L’exténuation infinie des possibles y offre l’épreuve d’une vibration inquiète entre une image qui sombre et une parole qui expire. »

Beckett ou la scène du pire, François Noudelmann, 1998


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